Sidy Talla : photographe sénégalais de sport et d’entreprise capturant le rythme, la précision et les instants invisibles

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Published19 May, 2026

“ Je suis devenu photographe par nécessité, avant même que ce ne soit un choix. ”

Sidy Talla est un photographe sénégalais ayant fait de l’objectif sa nouvelle manière de s’exprimer. Ancien beatmaker, il s’est reconverti dans le langage silencieux de la photographie sans perdre ses anciens réflexes. Le rythme, le timing et la précision demeurent ses plus fidèles alliés.

De Pikine aux plus grands terrains d’Afrique et du monde, il sait apercevoir ces détails que tout le monde ne peut pas voir, ces instants suspendus juste avant que tout explose.

Coupe d’Afrique des Nations, Afrobasket, Équipe du Sénégal… pendant que tous sont occupés à jouer ou regarder, il observe et capture ces instants qui passent inaperçus aux yeux de tous.

“ Pour moi, une image, c’est comme un beat: si tu ne la déclenches pas au bon moment, tu rates quelque chose. ”

Sidy Talla - photographe sportif sénégalais

Comment avez-vous commencé la photographie ? Y a-t-il eu un moment précis, une personne ou une inspiration qui a déclenché votre passion pour la capture d'images ?

Je suis devenu photographe par nécessité, avant même que ce ne soit un choix. À l’époque où je produisais encore des artistes, je faisais face à un manque réel d’images de qualité pour accompagner leurs projets. Covers, visuels pour la promo, identité; rien n’était à la hauteur de leurs talents. J’ai donc dû trouver une alternative: créer moi-même ces images. Et tout est né de là.

Avec le temps, cette contrainte s’est transformée en terrain d’expression puis en vision. Sidy Kandji et Siakka Soppo sont des photographes qui ont joué un rôle clé dans l’avancement de cette vision. Leur regard, leur manière de raconter et leur exigence m’ont appris que l’image pouvait être bien plus qu’un simple support : l’image est un langage.

Aujourd’hui, je ne crée plus seulement pour combler un manque, mais pour raconter des histoires, donner de la force aux identités et capturer ce qui ne se répète pas.

“ Je me souviens d’un projet avec l’Équipe du Sénégal où, à la fin, Sadio Mané m’a dit : « Tes images, on ne les regarde pas, on les ressent. » ”

Comment vous décririez-vous ? N'hésitez pas à partager une anecdote amusante ou quelque chose d'unique à votre sujet ! Cela peut être détaillé

Aujourd’hui, je travaille avec la lumière comme je travaillais avec le son. Je cherche le timing parfait. Le moment juste avant que ça bascule. Ce micro-décalage où tout devient fort : un regard, une tension, une explosion de joie sur un terrain.

Une anecdote ?

Sur un shooting sportif, je suis resté littéralement au même endroit pendant presque 40 minutes, sans bouger, pendant que tout le monde tournait autour du terrain. On pensait que j’avais raté le moment. En réalité, j’attendais une seule chose : que la lumière, le geste et l’émotion s’alignent. Quand c’est arrivé, j’ai déclenché… une seule fois. C’est cette photo-là qui a été retenue.

Je fonctionne comme ça : moins dans la quantité, plus dans la précision. Ce qui me rend unique, je pense, c’est ce mélange entre culture musicale et regard visuel. Je ne prends pas une photo, je la compose.

Quels sont les thèmes principaux qui inspirent votre photographie ? Comment utilisez-vous vos images pour créer un lien avec les autres ?

Mes images tournent toujours autour de trois choses: le mouvement, l’émotion et ce qu’il y a entre les deux. Le sport est mon terrain naturel, mais ce qui m’inspire vraiment, ce n’est pas la performance pure. C’est la tension avant l’action, l’énergie dans un regard, le moment où un corps raconte quelque chose sans parler.

J’aime porter mon attention sur ce qui est invisible au premier regard: la concentration, la fatigue, la fierté, la pression. Tout ce qui rend une scène vivante. Je suis aussi très influencé par le rythme. Pour moi, une image, c’est comme un beat: si tu ne la déclenches pas au bon moment, tu rates quelque chose.

L’identité est aussi un thème important pour moi, montrer des athlètes, des équipes, des talents africains avec force, justesse et modernité en sortant des clichés et en proposant une esthétique qui leur ressemble vraiment. Mon désir est qu’une personne qui regarde mes photos ne se dise pas seulement “c’est une belle image”, mais plutôt : “j’y étais”.

De quel moment de votre carrière êtes-vous le plus fier ? Qu'il s'agisse d'une étape personnelle, d'un projet publié, d'une exposition ou d'une expérience client significative.

Le moment dont je suis le plus fier ne se résume pas à une seule image mais plutôt à une transition. C’est le jour où je suis passé de « Je fais des photos parce qu’il le faut » à « On me reconnaît pour ma vision ».

Couvrir des compétitions comme la Coupe d’Afrique des nations ou l’AfroBasket a bien évidemment marqué un cap. Être au bord du terrain, au cœur de l’intensité, et savoir que mes images allaient raconter ces moment-là, c’est juste exceptionnel. Mais au-delà du prestige, ce qui m’a vraiment marqué, c’est la reconnaissance.

Je me souviens d’un projet avec l’Équipe du Sénégal où, à la fin, Sadio Mané m’a dit : “Tes images, on ne les regarde pas, on les ressent.” C’est resté gravé parce ce que c’est exactement ce que je cherche à faire.

Il y a aussi une fierté plus personnelle : que tout ceci soit le fruit de la solution à un besoin, un manque. En résumé, ma plus grande fierté, c’est d’avoir trouvé ma place dans la photographie et surtout, d’y être resté fidèle.

Quel est le plus grand défi auquel vous avez été confronté en tant que photographe ? Qu'avez-vous appris de cette expérience et comment l'avez-vous surmontée ?

Le plus grand défi auquel j’ai fait face a été de passer de “faire des images” à “imposer ma vision”. Au début, je faisais face à un double problème : peu de moyens, peu de reconnaissance, et surtout un environnement où l’image est souvent sous-estimée. On attend de toi que tu livres vite, beaucoup mais pas forcément que tu proposes quelque chose de fort. Il fallait donc trouver un équilibre entre répondre aux attentes et ne pas diluer mon regard.

Quand j’ai commencé à travailler sur des événements majeurs comme la Coupe d’Afrique des nations j’ai compris ce qu'était la pression. Tout va très vite, il n’y a pas de deuxième chance et tu es entouré de photographes expérimentés. Tu dois donc être prêt, techniquement et mentalement.

Ces expériences m’ont appris la rigueur car dans ces environnements l’instinct ne suffit plus et la patience car même dans le chaos, il faut savoir attendre SON moment, avoir confiance en soi.

J’ai surmonté ces défis en travaillant beaucoup, en analysant mes erreurs, en revenant sur le terrain et surtout, en restant fidèle à ce qui m’a fait commencer : cette obsession pour le bon timing, le bon moment qui raconte quelque chose.

“ Même dans des environnements très rapides comme la Coupe d’Afrique des nations, je garde cette ligne : ne pas trahir l’instant pour une image forte (...) "

Dans quel type de photographie vous spécialisez-vous ? Pourquoi cette spécialité et comment votre style a-t-il évolué au fil du temps ?

Je me spécialise principalement dans la photographie sportive et corporate, avec une approche très orientée vers le storytelling. Le sport s’est imposé naturellement parce que j'y trouve quelque chose de familier : le rythme, le timing et la précision.

Le corporate, lui, m’a permis d’explorer une autre forme de narration : plus posée, plus construite, mais toujours centrée sur l’humain. Que ce soit un dirigeant, une équipe ou une marque, l’enjeu reste le même : créer une image qui raconte une identité, pas juste une fonction.

Ces spécialités me permettent de naviguer entre deux énergies : l’instant brut du sport et la maîtrise du corporate. Je suis aussi allé vers plus de minimalisme. Moins d’images, mais plus fortes. Moins de bruit, plus de précision. Et j’ai surtout appris à assumer mon regard. Je ne reproduis pas, je propose, je crée des images qui ne sont juste pas belles mais qui ont du sens.

Quelle est votre principale niche commerciale ?

Ma principale niche commerciale se situe à l’intersection du sport professionnel et de l’image de marque. Je travaille principalement avec des organisations sportives (fédérations, clubs, événements) et des marques qui gravitent autour de cet univers. Mon rôle n’est pas seulement de couvrir, mais de produire des images qui renforcent leur identité, leur visibilité et leur storytelling.

Je fais la couverture de compétitions et événements sportifs, je crée des banques d’images pour des institutions ou des marques, je fais des shootings corporate pour des équipes dirigeantes dans l’univers du sport et je crée des contenus visuels pensés pour la communication digitale (réseaux sociaux, campagnes, sponsoring). Je ne suis pas uniquement “photographe de sport”, je suis dans la création d’images stratégiques pour des acteurs du sport.

Quelle est votre approche technique ou visuelle unique ?

Mon approche repose sur une idée simple : traiter la photographie comme une composition rythmique. Je ne déclenche pas pour multiplier les images, mais pour capter le moment exact où tout s’aligne : geste, émotion et lumière.

Visuellement, je privilégie des images épurées, avec un sujet clair et peu de distractions. J’aime utiliser la lumière naturelle et les contrastes pour renforcer la lecture et l’impact de l’instant.

Que pensez-vous de la plateforme 54Ruum ?

54Ruum est une plateforme intéressante parce qu’elle met en avant les photographes africains de manière structurée, au-delà de la simple exposition d’images.

À mes yeux, c’est surtout un outil utile pour donner plus de reconnaissance et de cohérence à la scène photographique africaine en pleine évolution.

Credits

Photographie

Sidy Talla

Rédaction

Emmanuella Locoh

Curation

guvnor

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