Edgar Barros : photographe de rue et conteur visuel sénégalo-espagnol documentant les liens humains, les cultures et les instants authentiques à travers l’Afrique et le monde

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Published5 Jun, 2026

“Au départ, c’était surtout une manière de garder des souvenirs. Puis, avec le temps, la photographie est devenue bien plus qu’une passion (…)”

Edgar Barros est un passionné de football qui a grandi en Seine-et-Marne dans le 77 en région parisienne. Depuis petit, cette passion a occupé une place immense dans sa vie. Il rêvait même de devenir footballeur professionnel. Après ses études, il décida de tout mettre en œuvre pour réaliser ce rêve et a même atteint le niveau national.


Le football lui a enseigné ce qu’était la discipline, le sacrifice, la rigueur et le dépassement de soi. Mais malgré qu’il réalisait son rêve d’enfant, il avait parfois l’impression d’être dans une prison dorée. Il évoluait et gagnait sa vie sans réellement découvrir le monde ni les autres réalités.


Sénégalais du côté de son père et espagnol du côté de sa mère, cette double culture représente une partie essentielle de son identité et de sa vision du monde. Très vite, il comprit que l’Afrique n’était pas que le futur mais le présent et le passé; une terre riche d’histoires, de cultures, de créativité et d’humanité qu’il est primordial de valoriser.


Le déclic pour la photographie lui est venu au cours de son premier voyage au Mali. Il y rencontra un monde bien plus vaste qu’il ne s’y attendait et ressenti le besoin de s’exprimer autrement à travers ses voyages, ses rencontres et les instants qu’il capturait avec son boîtier.

La photographie fut une évidence. Derrière l’objectif, il trouve une nouvelle manière de raconter des histoires, de mettre en lumière des cultures, des émotions et des moments authentiques. Son travail consistait à montrer une vision sincère et humaine des lieux qu’il traverse, sur le continent africain en particulier.

Aujourd’hui, il se considère comme un artiste qui utilise différents supports pour transmettre une émotion, raconter une histoire et créer du lien. Son travail est pour lui un moyen de se diversifier et de raconter son histoire sous plusieurs formes : la photographie, la musique, le digital ou encore l’écriture d’un livre. En une année, il a eu le privilège de visiter 25 pays avec pour objectif de transmettre une vision sincère du monde, d’inspirer à travers ses expériences et de capturer des instants qui ont du sens.

“Avec le temps, j’ai surtout compris une chose essentielle: mon histoire n’appartient qu’à moi. Je ne désire pas être meilleur que les autres, mais être la meilleure version de moi-même.”

Edgar Barros - photographe de rue sénégalais

Comment avez-vous débuté dans la photographie ? Y a-t-il eu un moment précis, une personne ou une inspiration qui a déclenché votre passion pour la capture d'images ?

Je dirais que j’ai toujours eu cette envie de prendre des photos, filmer, garder des souvenirs de chaque moment. Je dis souvent que je n’ai pas une très bonne mémoire, alors j’ai besoin d’images, de détails et d’indices pour me replonger dans certaines situations ou émotions.

Naturellement, même plus jeune, j’aimais déjà énormément créer du contenu photo et vidéo. Mais ce sont vraiment les réseaux sociaux qui ont joué un rôle important dans mon déclic artistique. À travers les images et les univers que je découvrais en ligne, j’ai commencé à m’inspirer et à développer mon regard.

Puis un jour, je me suis simplement dit : pourquoi ne pas acheter mon premier boîtier et commencer à capturer mes propres moments, ma propre vision du monde ? C’est là où tout a commencé. Au départ, c’était surtout une manière de garder des souvenirs.

Puis, avec le temps, la photographie est devenue bien plus qu’une passion: elle est devenue une façon de raconter des histoires, de transmettre des émotions et de montrer ce que je ressens à travers chaque image.

“Pour moi, chaque portrait et chaque échange ont une valeur particulière, parce qu’ils racontent quelque chose d’humain avant tout.”

Comment vous décririez-vous ?

Je suis quelqu’un de très compétitif et qui n’aime pas perdre. Je cherche toujours à faire mieux que la veille et j’ai constamment envie de me dépasser. Pour moi, la progression est permanente et cette idéologie se reflète dans tout ce que j’entreprends, que ce soit dans le sport, la création ou la photographie.

Avec le temps, j’ai surtout compris une chose essentielle: mon histoire n’appartient qu’à moi. Ma manière de la raconter, de la vivre et de la transmettre est unique. Et c’est ce qui lui donne toute sa valeur.

Je ne désire pas être meilleur que les autres, mais être la meilleure version de moi-même. À créer quelque chose de sincère, qui me ressemble vraiment, sans tricher ni suivre un chemin déjà tracé. Je pense que c’est cette authenticité et ce désir d’excellence qui définissent le mieux la personne que je suis aujourd’hui.

“C’est à ce moment-là que j’ai réellement compris l’impact que peuvent avoir les images et les histoires lorsqu’elles sont racontées avec sincérité.”

Quels sont les thèmes principaux qui inspirent votre photographie ? Comment utilisez-vous vos images pour créer un lien avec les autres ?

Généralement, je filme et photographie énormément mes interactions du quotidien. Ce qui m’inspire le plus, ce sont les liens humains. Mon objectif, à travers mon travail, est de créer du lien et de mettre en valeur les localités, les cultures et les personnes que je rencontre dans chaque pays où je me trouve. Que ce soit en Asie, en Afrique ou ailleurs, le but reste toujours le même: montrer une vision sincère et authentique des gens et des endroits que je découvre.

Au-delà de l’image, j’essaie surtout de faire ressortir le meilleur chez les personnes que je photographie. Une émotion, une énergie, une histoire ou simplement un instant vrai. Pour moi, chaque portrait et chaque échange ont une valeur particulière, parce qu’ils racontent quelque chose d’humain avant tout.

De quel moment de votre carrière êtes-vous le plus fier ? Qu'il s'agisse d'une étape personnelle, d'un projet publié, d'une exposition ou d'une expérience client significative.

Le moment dont je suis le plus fier dans ma carrière est d’avoir trouvé très tôt un vrai sens à mon contenu. Très rapidement, j’ai compris que ma mission était de pouvoir valoriser l’Afrique partout dans le monde, à travers mes images, mes vidéos et les histoires que je raconte.

Je suis également très fier d’avoir pu suivre et créer du contenu autour de l’équipe nationale du Sénégal lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations. Cette expérience a été extrêmement forte autant humainement qu’artistiquement.

Ce projet m’a permis de créer un véritable pont entre le sport, la culture et l’émotion, tout en apportant ma propre identité artistique à un événement aussi important. C’est à ce moment-là que j’ai réellement compris l’impact que peuvent avoir les images et les histoires lorsqu’elles sont racontées avec sincérité.

“Plus qu’une simple photo, j’essaie de créer une image qui raconte quelque chose et qui laisse une émotion durable.”

Quel est le plus grand défi auquel vous avez été confronté en tant que photographe ? Qu'avez-vous appris de cette expérience et comment l'avez-vous surmonté ?

Le plus grand défi auquel j’ai été confronté en tant que photographe, c’est sans doute d’aller vers les gens. J’étais quelqu’un d’assez timide et réservé mais en grandissant, j’ai très vite compris que faire le premier pas était essentiel.

C’est justement ce premier pas qui m’a permis de vivre des expériences que je n’aurais jamais imaginé vivre auparavant. Une rencontre, une discussion, une photo prise sur l’instant… parfois, tout peut commencer simplement parce qu’on ose aller vers quelqu’un.

La photographie m’a énormément aidé à sortir de ma zone de confort. Elle m’a appris que les plus belles histoires naissent souvent dans l’échange humain et dans les moments spontanés.

Ce défi était beaucoup plus intense en Afrique, où la street photographie peut parfois être perçue différemment. Photographier des personnes dans la rue sans créer d’échange ou sans demander peut être plus tabou qu’en Asie, par exemple, où l’approche est souvent plus naturelle et spontanée. J’ai donc appris à prendre mon temps, à créer un lien, à discuter avant même de sortir mon appareil.

“Quand je photographie, j’essaie surtout de ressentir l’énergie du moment avant même de le capturer.”

Dans quel type de photographie vous spécialisez-vous ? Pourquoi cette spécialité et comment votre style a-t-il évolué au fil du temps ?

Je me spécialise principalement dans la street photographie, avec un regard très centré sur l’humain et les portraits de personnes. Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les émotions réelles, les regards, les attitudes naturelles et les histoires que l’on peut raconter à travers une simple image.

J’ai toujours été attiré par les interactions humaines et les moments spontanés. Photographier des personnes dans leur environnement me permet de capturer quelque chose de vivant et d’authentique. Chaque rue, chaque visage et chaque rencontre racontent une histoire différente.

Cette spécialité est aussi très liée à ma manière de voyager. Lorsque je découvre un pays, je ne cherche pas seulement à montrer des paysages ou des lieux, mais surtout l’énergie des gens qui y vivent, leurs habitudes, leur culture et leur identité.

Avec le temps, mon style a beaucoup évolué. Au début, je photographiais surtout pour garder des souvenirs et capturer l’instant. Aujourd’hui, je cherche davantage à transmettre une émotion et une atmosphère à travers mes images. Mon regard est devenu plus précis, plus artistique et plus humain.

J’accorde désormais beaucoup d’importance à la lumière, aux couleurs, aux mouvements et surtout aux connexions que je crée avec les personnes que je photographie. Plus qu’une simple photo, j’essaie de créer une image qui raconte quelque chose et qui laisse une émotion durable.

Quelle est votre approche technique ou visuelle unique ?

Mon approche technique et visuelle repose avant tout sur l’instinct. Quand je photographie, j’essaie surtout de ressentir l’énergie du moment avant même de le capturer. Je fonctionne beaucoup avec l’émotion, l’observation et la spontanéité.

Dans la street photographie, tout peut se jouer en quelques secondes. Il faut être capable d’analyser rapidement une situation, de comprendre ce qui est en train de se passer et surtout d’anticiper l’instant avant qu’il disparaisse.

J’accorde énormément d’importance aux détails : un regard, une lumière, un mouvement, une attitude ou une interaction humaine. Même si le moment est très court, mon objectif est d’être prêt au bon instant pour ne pas perdre le cliché.

Avec le temps, j’ai appris à développer une certaine réactivité dans ma manière de travailler, à savoir rebondir très vite et à m’adapter à n’importe quel environnement. C’est cette capacité d’adaptation et cette approche instinctive qui définissent aujourd’hui mon identité visuelle.

Au-delà de la technique, je cherche surtout à capturer quelque chose de vrai et d’authentique. Une image qui transmet une émotion réelle plutôt qu’une photo trop mise en scène.

Comment se porte le secteur de la photographie et de l'art dans votre pays ?

Je pense que le monde de la photographie et de l’art évolue énormément aujourd’hui, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ils ont permis à une nouvelle génération de créatifs d’émerger, dont je fais partie, et de pouvoir s’exprimer librement à travers l’image.

Avant, le milieu pouvait parfois sembler fermé ou réservé à des parcours très académiques. Aujourd’hui, beaucoup de photographes sont autodidactes. Ils apprennent seuls, expérimentent, développent leur propre univers et arrivent à construire une vraie identité artistique sans forcément passer par des études traditionnelles. Je trouve que c’est une très bonne évolution.

Cette nouvelle génération produit énormément de contenu parce qu’elle est animée par la passion avant tout. Cette énergie donne envie et inspire d’autres personnes à se lancer, à tester et à créer.

Ce qui rend le secteur plus vivant et différent actuellement est le fait que chacun peut apporter son regard, son histoire et sa sensibilité artistique. Aujourd’hui, on ne cherche plus seulement à faire de “belles images”, mais à raconter une histoire, transmettre une émotion ou défendre une vision du monde.

Quelle est la norme professionnelle sur laquelle vous ne faites jamais de compromis ?

Sur la qualité de mon contenu, il est important qu’il y ait toujours du sens. Il ne faut pas que mon contenu soit uniquement divertissant, je ne pourrai pas accepter ça.

Que pensez-vous de la plateforme 54Ruum ?

J’aime beaucoup, je trouve ça très inspirant et surtout ça permet de découvrir énormément de beaux talents.

Credits

Photographie

Edgar Barros

Texte

Emmanuella Locoh

Curation

guvnor

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